900 Saint-Jacques : entre passé, modernité et mobilité
2026.01.05

La tour du 900 Saint Jacques s’implante dans un paysage dominé par les infrastructures, rythmé par le mouvement continu des trains et des flux automobiles. Au cœur d’un Quartier des gares en profonde mutation, elle occupe un site autrefois résiduel, façonné par l’autoroute Ville Marie et les voies ferrées, aujourd’hui réinvesti comme un carrefour habité de mobilité durable.
Pensée comme une réponse contextualisée à un territoire longtemps dominé par l’autoroute et les voies ferrées, la tour propose une manière d’habiter qui conjugue performance environnementale, densité urbaine et attention portée aux espaces collectifs. Le projet atteint aujourd’hui un moment charnière, alors que se redéfinissent nos façons de concevoir l’habitat, la mobilité et la matérialité en contexte nordique. Récemment complétée, la tour vient ainsi concrétiser une réflexion menée sur plusieurs années au cœur du Quartier des gares.
900 Saint Jacques : un carrefour habité entre ville, infrastructures et climat nordique
Le 900 Saint Jacques marque une nouvelle étape dans la réflexion de Chevalier Morales sur l’habitation en milieu urbain dense. Le projet prend place sur un site historiquement façonné par les voies ferrées et l’autoroute Ville Marie, longtemps perçu comme un espace résiduel en marge du centre ville. Aujourd’hui, cette friche se transforme en un carrefour habité où se rencontrent mobilité durable, mémoire et nouvelles façons d’habiter la ville.
Pensé dès l’esquisse comme un bâtiment ancré dans son contexte géographique et climatique, le 900 Saint Jacques propose une vision de l’habitat qui tient compte à la fois des enjeux environnementaux, des réalités sociales et de l’identité spécifique de Montréal. La tour prend position à l’entrée Bonaventure de la ville, dans un secteur appelé à devenir exemplaire en matière de mobilité durable, et assume pleinement le rôle de bâtiment pivot entre infrastructures, quartier émergent et silhouette métropolitaine.
Un site au croisement des mobilités
Le projet bénéficie d’une localisation exceptionnelle, au point de convergence du REM, du métro, des trains de banlieue, des lignes d’autobus et d’un vaste réseau piétonnier donnant accès au centre ville et au Vieux Montréal. À ces infrastructures se greffe la future piste cyclable aménagée au pied de l’immeuble sur la rue Saint Jacques, renforçant le caractère multimodal du secteur. La tour s’appuie sur cet emplacement pour encourager une transformation des habitudes de déplacement vers le transport collectif et actif.
Cette volonté se traduit concrètement par l’intégration d’une halte cycliste, de stationnements intérieurs et extérieurs pour vélos, de bornes de recharge pour véhicules électriques ainsi que d’espaces dédiés à l’autopartage. Le projet s’inscrit ainsi dans la continuité de l’histoire ferroviaire du site, tout en contribuant à redéfinir le quartier des gares comme un véritable carrefour de la mobilité durable, habité et animé.
Une architecture minérale inspirée par le patrimoine bâti montréalais
À l’instar des grandes tours vitrées du centre-ville, le 900 Saint-Jacques renoue avec la tradition d’un Montréal minéral, autrefois façonné de pierre et de brique. Son enveloppe en panneaux de béton préfabriqué sculpté réinterprète les motifs cruciformes emblématiques de la ville et compose un véritable tissage minéral, qui réagit finement à l’orientation solaire. Les ouvertures, de dimensions mesurées, sont modulées selon les façades afin de limiter les pertes thermiques, tandis que les loggias sont principalement orientées au sud et à l’ouest pour atténuer les surchauffes estivales.
Ainsi définie, la texture du bâtiment permet de renouer avec l’identité nordique de la ville, tout en affirmant une esthétique contemporaine née de considérations environnementales et énergétiques. Au fil de la journée, la lumière fait apparaître les variations de relief de la façade et offre une lecture sensible et changeante de la tour, en dialogue avec les façades historiques du Vieux-Montréal, les socles de Place Ville Marie, de l’édifice Sun Life, ou encore les constructions massives du parc olympique.
Volumétrie et paysage urbain
La tour est découpée classiquement en trois strates : un basilaire, une tour et un couronnement. Chacune de ces parties est associée à un espace vert distinct qui entre en dialogue avec différentes échelles de la ville : la rue, le quartier et le paysage métropolitain. Au sol, un jardin lié à la terrasse du restaurant et à la piste cyclable participe au verdissement du secteur et s’arrime aux espaces verts prévus dans le programme particulier d’urbanisme du quartier des gares. Au niveau du basilaire, des terrasses plantées forment un jardin suspendu qui s’adresse au quartier et crée une rupture claire entre socle et tour. Enfin, au sommet, un espace vert en hauteur s’ouvre vers le Mont Royal et vient se placer en dialogue direct avec la montagne, que la tour rejoint en altitude.
La volumétrie a été travaillée afin d’amincir les profils nord et sud de la tour, de manière à offrir une silhouette élancée du côté de l’esplanade Bonaventure et de l’arrivée du REM et des trains, tout en minimisant les impacts visuels depuis le Mont Royal. Déplacée vers l’ouest, la tour se dissimule partiellement derrière le 1000 De La Gauchetière selon certains angles, réduisant ainsi sa présence dans le panorama. Le basilaire, pour sa part, construit un rapport de proximité à la rue Saint Jacques et au viaduc ferroviaire par un grand porte à faux et une marquise de verre qui protègent passants, visiteurs et habitants, contribuant à ancrer solidement le projet dans la vie urbaine.
Espaces collectifs et vie communautaire
Au delà des considérations formelles et techniques, le 900 Saint Jacques propose une conception de l’habitat où la collectivité constitue un élément central d’un cadre de vie complet. La configuration du projet a été pensée pour favoriser les intéractions, en multipliant les espaces communs et en créant des lieux de rencontre accessibles tant aux résidents qu’aux visiteurs de l’hôtel Moxy intégré à l’ensemble.
Terrasses, jardins, restaurant, espaces communautaires, cuisine collective, coworking, zones de détente et autres lieux partagés prolongent les unités d’habitation et offrent un éventail d’activités possibles de jour comme de soir. Ces volumes transparents et ouverts se détachent de l’enveloppe minérale par leur caractère lumineux, permettant de lire depuis l’extérieur la vie sociale qui anime le bâtiment. Véritables cellules respiratoires de la tour, ils oxygènent sa volumétrie et nourrissent une dynamique communautaire fondée sur le partage de l’espace, du temps et des usages.
Développement durable et mixité
La démarche durable du 900 Saint Jacques se déploie à la fois sur les plans environnemental et social. Sur le plan énergétique, l’enveloppe performante, combinée aux stratégies électromécaniques, vise une efficacité énergétique supérieure aux normes de référence, en s’inspirant notamment des cadres de certification de type LEED. La modulation des ouvertures, l’utilisation de matériaux locaux, les mesures d’économie d’eau et l’adoption de systèmes d’éclairage efficaces participent à la réduction de l’empreinte environnementale du bâtiment.
Sur le plan social, le projet accorde une place importante aux familles et à la diversité des profils d’habitants. La proportion de logements familiaux est bonifiée, avec une offre significative d’unités de trois chambres et de logements flexibles pouvant être adaptés au fil des besoins. Les unités de plus petite dimension, rapprochées de l’esprit des « mini maisons », s’inscrivent dans une réflexion sur l’évolution des habitudes de consommation et offrent un accès à la vie du centre ville à coût plus modeste, compensé par une richesse d’espaces collectifs de qualité.
Avec le 900 Saint-Jacques, Chevalier Morales et Architex signent un immeuble qui traduit la complexité de son site et de son époque : une architecture minérale et contemporaine, enracinée dans le patrimoine bâti de Montréal, tournée vers la mobilité durable et attentive aux conditions de vie de celles et ceux qui l’habitent. Entre passé et modernité, la tour redéfinit une entrée de la ville tout en incarnant une vision sensible et concrète de l’habitation dans le paysage montréalais.
À l’heure où Montréal cherche à concilier héritage bâti, pression immobilière et transition écologique, le 900 Saint-Jacques se veut une contribution articulée à cette réflexion collective, démontrant qu’il est possible de construire une tour capable de dialoguer avec la ville d’hier, les infrastructures d’aujourd’hui et les modes de vie de demain.