Le droit au logement : construire et préserver
2026.10.05

À l’occasion de la Journée mondiale de l’architecture 2026, célébrée le 5 octobre, l’Union Internationale des Architectes (UIA) invite la profession à réfléchir au thème « Le logement est un droit humain. Construisons-le. », en écho à celui de la Journée mondiale de l’habitat des Nations Unies : « Un logement adéquat pour tous ».
Par cette initiative, l’UIA souhaite attirer l’attention sur une crise du logement qui touche aujourd’hui les villes et les communautés à l’échelle mondiale, et sur le rôle que peut jouer l’architecture dans la recherche de réponses durables, inclusives et adaptées à leur contexte.
Cette réflexion trouve un écho particulier au Canada et à Montréal. Selon la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL), le Canada devrait presque doubler son rythme actuel de construction et produire entre 430 000 et 480 000 logements par année au cours de la prochaine décennie pour ramener l’abordabilité aux niveaux de 2019.
Dans la grande région de Montréal, malgré une augmentation récente de l’offre locative, les enjeux d’abordabilité demeurent importants. En 2025, le loyer moyen d’un logement de deux chambres a atteint 1 346 $, une hausse de 7,2 % en un an. La SCHL souligne également que les logements les plus abordables demeurent peu disponibles et que la croissance des loyers a dépassé celle des revenus.
Face à cette réalité, construire davantage est essentiel. Mais la question du logement ne peut être réduite au seul nombre d’unités créées.
Qu’est-ce qui rend un logement adéquat?
La notion de logement adéquat nous invite à considérer l’habitation au-delà de sa seule disponibilité. Un logement doit d’abord offrir des conditions de vie sécuritaires et saines, être accessible, abordable et adapté aux besoins des personnes qui l’habitent. La lumière naturelle, le confort, l’intimité et la possibilité de s’approprier les lieux contribuent également à la qualité du milieu de vie.
Sa localisation importe tout autant. La proximité du transport collectif, des espaces publics, des commerces, des équipements collectifs et des services essentiels participe directement à la qualité de l’environnement habité et à la manière dont celui-ci s’intègre à la vie quotidienne.
Ces conditions prennent une importance particulière lorsque l’architecture s’adresse à des personnes en situation de vulnérabilité ou de précarité. La qualité architecturale ne concerne alors pas seulement l’expression du bâtiment. Elle touche directement la santé, la sécurité, le confort et la capacité de chacun à habiter dignement un lieu au fil du temps.
Construire, mais aussi préserver
Accroître l’offre de logements demeure une composante incontournable de la réponse à la crise actuelle. La SCHL estime d’ailleurs que le rythme des mises en chantier devra augmenter considérablement au cours de la prochaine décennie pour améliorer l’abordabilité au Canada. Cette nécessité de construire ne doit toutefois pas faire oublier le rôle du parc résidentiel existant.
Réhabiliter un bâtiment plutôt que le démolir peut permettre de préserver des logements déjà intégrés à leur quartier tout en améliorant leur performance et les conditions de vie qu’ils offrent.
La réfection d’une enveloppe, l’amélioration de la ventilation, la résolution de problèmes de détérioration ou l’adaptation d’un bâtiment aux besoins actuels sont parfois moins visibles qu’une construction neuve, mais leurs effets sur la sécurité, la santé, le confort et la pérennité des logements sont bien réels.
Dans le cas du logement social et abordable, cette question prend une dimension supplémentaire. Les travaux doivent parfois être réalisés alors que le bâtiment demeure occupé. Le phasage du chantier, la sécurité et la coordination deviennent alors des composantes essentielles du projet afin de limiter les déplacements et les perturbations pour les résidents.
Cette réalité invite à considérer le logement existant comme une infrastructure sociale dont la valeur doit être maintenue dans le temps.
Différentes façons d’intervenir sur le logement
À travers nos projets, cette responsabilité prend différentes formes selon le bâtiment, son contexte et les besoins auxquels il doit répondre.
Les Habitations Jarry : prolonger la vie du parc existant
Aux Habitations Jarry, notre intervention porte sur la réfection complète de l’enveloppe d’une tour de logements sociaux construite en 1978.
À la suite d’une expertise technique de la maçonnerie, l’état de détérioration du parement a mené à la recommandation d’une réfection complète de l’enveloppe. Au-delà des enjeux techniques, le maintien des résidents dans leur milieu constituait une considération importante du projet.
Les travaux ont ainsi été planifiés selon un phasage permettant aux locataires de demeurer dans leurs logements pendant l’intervention. La réfection vise également à améliorer la performance de l’enveloppe ainsi que le confort thermique et acoustique des résidents.
Le projet illustre comment une intervention sur un bâtiment existant peut contribuer simultanément à sa sécurité, à sa performance et à sa durée de vie, tout en considérant les réalités des personnes qui l’habitent.
900 Saint-Jacques : ajout de logements et densification
Le 900 Saint-Jacques participe à l’ajout de nouveaux logements au centre-ville de Montréal et à la densification d’un secteur déjà desservi par les infrastructures urbaines et le transport collectif.
La conception des unités cherche notamment à répondre à l’évolution des ménages. Dix-huit pourcent des logements sont destinés aux familles et les configurations de deux et trois chambres sont conçues pour offrir une certaine adaptabilité.
Les espaces communs prolongent également les unités résidentielles. Jardin suspendu, terrasse périphérique et espaces collectifs participent à la création de lieux de rencontre au sein de l’ensemble et à une relation plus active entre l’habitation et son environnement urbain.
Dans ce contexte, densifier ne consiste pas uniquement à augmenter le nombre de logements sur un site. Il s’agit également de réfléchir à la diversité des ménages pouvant y habiter, à la qualité des espaces partagés et à la manière dont un bâtiment résidentiel participe à la vie de son quartier.
Le Campus Outremont : inscrire le logement dans un nouveau milieu de vie
Le Campus Outremont illustre quant à lui la création d’un ensemble résidentiel à l’échelle d’un nouveau quartier. Réalisées en trois phases, près de 700 unités locatives, dont 20 % de logements abordables, s’intègrent au développement du secteur du campus MIL de l’Université de Montréal.
La conception accorde une attention particulière aux relations avec les espaces publics, les parcs, les déplacements piétons et cyclistes et les différents services du quartier. Des espaces communautaires, des cuisines collectives, des terrasses, des jardins et des lieux dédiés notamment à l’agriculture urbaine ou à l’entretien des vélos complètent les espaces résidentiels.
Le projet montre ainsi comment la qualité du logement peut également être envisagée à l’échelle du quartier. L’accès aux services, aux infrastructures de mobilité et aux espaces collectifs devient une composante du milieu de vie au même titre que le logement lui-même.
Le rôle de l’architecture dans un enjeu collectif
L’architecture ne peut toutefois pas, à elle seule, répondre à la crise du logement. L’abordabilité dépend de nombreux facteurs qui dépassent la conception d’un bâtiment, notamment le coût foncier, le financement, les politiques publiques, les modèles de propriété et de gestion, la capacité de construction et la réglementation.
Le rôle de l’architecte s’inscrit plutôt au sein de cet écosystème, en collaboration avec les acteurs publics, communautaires et privés qui participent à la création, à la transformation et au maintien du logement. L’UIA souligne d’ailleurs que la contribution de la profession passe autant par la conception que par la recherche, le partage des connaissances et une participation plus large aux réflexions sur l’accès au logement.
Cette contribution peut prendre la forme d’une nouvelle construction qui utilise plus efficacement les infrastructures existantes, d’une réhabilitation permettant de prolonger la vie d’un bâtiment ou encore d’un projet qui améliore la relation entre le logement et son quartier.
Elle implique également d’évaluer le potentiel de transformation de l’existant, de faire un usage attentif des ressources disponibles et de concevoir des milieux capables d’évoluer avec les personnes qui les habitent.
Dans un contexte où il est nécessaire de produire davantage de logements, la question de leur qualité demeure donc indissociable de celle de leur quantité. Contribuer au droit au logement signifie construire de nouveaux milieux de vie, mais aussi préserver et améliorer ceux qui existent déjà.
Alors que les besoins en logement continuent de croître, comment pouvons-nous construire davantage tout en assurant la qualité, la pérennité et la dignité des milieux de vie que nous créons et transformons ?